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Lucia Popp, rayonnement et sensualité

Par Benjamin Grenard, le 31/03/2015

Si le chant lyrique porte quelques exemples de voix éminemment féminines, Lucia Popp fut incontestablement l’une d’entre elles. D’un rayonnement et d’une sensualité extraordinaires, elle irradia par sa fraîcheur un certain nombre de personnages de l’histoire lyrique et d’ouvrages incontournables.

Lucia Popp

Lucia Popp

Après l’exemple de la Reine de la Nuit, où Lucia Popp témoignait d’une rare cohérence vocale dans un rôle très difficile, il était intéressant de donner quelques exemples de documents vidéo de cette chanteuse. Youtube en fournit plusieurs intéressants.

Filmée en 1965, du haut de ses 25 ans, la chanteuse slovaque témoigne ici d’une santé, d’une fraîcheur vocale autant que d’un matériau sonore d’exception. Loin des minauderies dont on pourrait aisément affubler la musique de Johann Strauss, Lucia Popp privilégie une forme de spontanéité vocale, avec un contre-fa plus serré que dans la Reine de la Nuit, mais dont l’émission est rendue aussi moins naturelle que dans l’écriture de Mozart.

Du reste, ce contre-fa est davantage histoire de coquetterie et ne doit pas masquer l’essentiel de la performance de Lucia Popp : une belle et saine voix toujours animée, à la fois ronde et rayonnante, et une musicalité d’un naturel confondant. L’écriture vocale et le matériau sonore de la chanteuse se rencontrent avec une évidence rare. Lucia Popp trouve un juste équilibre et une grande harmonie entre le corps et l’éther de sa voix. Elle dispose d’une vraie belle voix claire et aiguë, là où beaucoup de chanteuses auraient dû truquer avec leur géométrie vocale et corporelle pour obtenir les mêmes envolées.

La vidéo montre par ailleurs un corps avec une statique bien installée, qui a sa pesanteur et qui conserve son axe, malgré quelques mouvements. Son corps témoigne d’une tension juste et l’émission ne lui coûte aucun effort apparent.

On la retrouve bien des années plus tard dans les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, dont elle fut une interprète de choix. Sans lien de parenté avec le précédent, Richard Strauss fit de sa musique un éloge constant aux voix de femmes, avec son écriture sensible et sensuelle. Les années ont fait gagner au corps de la chanteuse plus d’ampleur, la voix s’est parée des couleurs de la maturité, la statique corporelle est encore plus évidente, plus tranquille.

À noter que l’on retrouvera, avec encore plus de bonheur, cet ouvrage chanté par Lucia Popp dans un enregistrement incontournable dirigé par Klaus Tennstedt, d’une sensibilité bien plus appropriée que la lecture orchestrale d’un Solti, ici, toute extérieur et manquant de subtilité.

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