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Maître chanteur, maître de voix

Par Benjamin Grenard, le 23 juin 2015

Le chant wagnérien constitue une référence incontournable pour Serge Wilfart et les pneumaphonistes. Il s’impose comme l’un des répertoires les plus exigeants vocalement. Impossible de ne pas disposer d’une grande et belle voix, à plus forte raison pour interpréter Walter von Stolzing, qui doit emporter l’adhésion des Maitres Chanteurs dans l’opéra du même nom.

Richard Wagner

Richard Wagner

Les dernières décennies ont vu une certaine standardisation des voix lyriques. Il fut un temps où celles-ci étaient beaucoup plus personnalisées, typées, chaque chanteur disposant d’un timbre propre, d’une signature vocale immédiatement reconnaissable. Cela est moins vrai aujourd’hui, bien qu’il soit encore possible d’identifier la couleur sonore de chaque chanteur. Les voix sont plus cultivées, plus léchées, à la recherche d’une certaine perfection sonore, mais aussi plus froides et tentent de ce fait à perdre leur incomparable singularité, leur authenticité.

Johan Botha

Parmi les voix récentes, celle de Johan Botha figure au rang des voix wagnériennes les plus remarquables. Si on sent que quelques décennies de standardisation sont passées par là, la voix du ténor témoigne d’une construction, d’une homogénéité parfaite sur l’étendue du registre et d’un brillant remarquable. Elle est à la fois puissante et solaire et convient à merveille au personnage de Walther von Stolzing, concourant ici pour la main d’Eva et pour le titre de Maître Chanteur dans son air, Morgenlich leuchtend im rosigen Schein.

Le support vidéo permet ici d’apprécier la statique de Johan Botha, son aplomb physique, son ancrage dans la terre. Sa géométrie corporelle, petit, gros, la tête vissée sur les épaules, correspond à l’archétype parfait du ténor wagnérien. Installé dans son Hara, la cage thoracique ouverte, mobilisant peu de force pour un résultat pourtant puissant, Botha livre ici une véritable leçon de chant et de voix wagnérienne.

Set Svanholm

Autre époque, autre style. La voix de Set Svanholm appartient à une école de chant plus ancienne, respectant davantage l’authenticité et la géométrie vocale du chanteur. Le ténor suédois a cette voix claire parfaitement verticalisée, valorisant toujours la flamme et la spontanéité du son. Un brin d’héroïsme et une diction tranchante qui apporte une urgence, une vitalité extraordinaire dans un chant qui rayonne toujours par sa santé.

Wolfgang Windgassen

Immense voix également, Wolfgang Windgassen est l’un des ténors wagnériens incontournables. Le nouveau Bayreuth lui doit certainement, dans les années 1950, sa survie, tant le chanteur irradiait par sa présence le théâtre mythique. Il est peut-être, ici, un chouia en dessous de Botha ou Svanholm. Si sa superbe n’a rien à leur envier dans les sommets aigus, certaines phrases apparaissent un rien alanguies, nasales et plaintives par ailleurs. Mais ce maître de chant et de voix légendaire reste une référence dans ce répertoire qui suppose un instrument infaillible et parfaitement construit. Le timbre de Windgassen, même tardivement, fait montre d’un brillant et d’une juvénilité rares. Il appartient encore à cette ancienne école où la voix, loin des tendances actuelles à la standardisation, témoigne d’une incomparable authenticité.

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